Les espaces de coworking, nouveaux porteurs d’activités dans les territoires

Les espaces de coworking, nouveaux porteurs d’activités dans les territoires

Entre développement de l’attractivité d’un territoire et réduction de la fracture numérique, les espaces de travail collaboratif s’imposent de plus en plus comme un outil essentiel dans les politiques urbaines.

Un rapide état des lieux

Débutons par une définition du coworking, un terme apparu dans les années 2000 aux Etats-Unis que l’on traduit littéralement par le cotravail. Cette notion renvoie à des espaces de travail partagés également appelés télécentres ou tiers lieux qui sont à mi-chemin entre l’entreprise et le travail. Ils constituent une alternative au travail à domicile qui comportent un certain nombre de contraintes tels que le manque d’équipements techniques ou de contact avec des collègues.

©Fondation Travailler Autrement

Parmi les 1 800 tiers-lieux recensés en France en 2018 par le document « Mission coworking – Faire ensemble pour mieux vivre ensemble », un rapport présenté par la Fondation Travailler Autrement, un grand nombre d’espaces se concentrent encore en région parisienne bien que leur développement soit soutenu par une pluralité d’acteurs : des entreprises, des associations, des collectivités territoriales et des particuliers.

Chaque espace possède son propre mode de fonctionnement mais tous poursuivent les mêmes objectifs : permettre l’accès à des services, partager des connaissances, développer un réseau et aider au démarrage d’une activité.

« Nouveaux lieux, nouveaux liens »

Suite au diagnostic de la Mission Coworking, le Gouvernement a reconnu publiquement l’importance des tiers-lieux et donc du coworking dans la transformation et l’attractivité des territoires le 17 juin dernier, en lançant le programme interministériel « Nouveaux lieux, nouveaux liens ». L’Etat fixe ainsi quatre grands axes :

  • Favoriser une répartition égalitaire des Tiers-lieux
  • Développer des services adaptés aux besoins des territoires
  • Donner les moyens d’agir et de se professionnaliser aux espaces partagés
  • Impliquer l’ensemble des acteurs dans les projets

 Définis comme des lieux en adéquation avec les évolutions de notre société avec un fort potentiel économique, l’objectif de l’Etat est de développer aux côtés des porteurs de projet des espaces de travail partagés dans des espaces notamment ruraux ou éloignés des bassins économiques des grandes villes. Donner accès à de nouveaux lieux de travail pour les habitants et développer des services en fonction des besoins des sites permettent aux territoires de gagner en dynamisme (attractivité économique, mixité professionnelle, développement de commerces de proximité, incitation à la création d’entreprise, etc.).

« L’État s’intéresse aux tiers-lieux car c’est un mouvement spontané et réparti sur tout le territoire. Il correspond à des besoins locaux d’animation sociale, de développement du télétravail, etc. Les tiers-lieux sont utiles à la cohésion de nos territoires et à la cohésion sociale. Nous souhaitons les accompagner, tout en respectant la liberté de ce mouvement. »

Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales

Ce programme s’inscrit également dans le cadre de la stratégie nationale pour un numérique inclusif du gouvernement qui souhaite réduire la fracture du numérique en France. L’Etat propose une aide supplémentaire de 100 000 euros par projet pour le développement de 30 Fabriques numériques des territoires. Ces dernières devront proposer un accès à des services informatiques et un accompagnement spécifique aux personnes qui rencontrent des difficultés à utiliser des appareils numériques.

Un programme méthodique avec un accompagnement « sur mesure »

Pour développer un nouveau maillage de tiers-lieux, le programme a débuté par un appel à manifestation d’intérêt « Fabrique de territoire » afin de recenser les acteurs intéressés par la création de 300 espaces financés par l’Etat a hauteur de 45 millions d’euros. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 31 décembre 2019, les lauréats seront révélés progressivement de 2020 à 2022 après l’étude de chaque dossier.

Au-delà de la création de Tiers-Lieux, le gouvernement s’engage à accompagner les projets existants grâce à un financement de 50 millions d’euros, 30 millions en subventions et 20 millions en prêts, par Action Logement, une entreprise d’utilité publique spécialisée dans la problématique du lien emploi-logement. Les porteurs de projet publics ou privés qui souhaitent faire des travaux d’aménagement peuvent se faire connaitre depuis septembre 2019 auprès de l’organisation afin que leur dossier soit analysé.  “Le projet doit s’inscrire dans les territoires où l’éloignement entre le bassin d’emploi et les logements est un frein pour les entreprises et leurs salariés”, précise le groupe.  

L’instauration d’un Conseil national des Tiers-lieux

Le Conseil national des Tiers-lieux institué le 17 juin 2019 est une assemblée composée de 60 représentants des espaces de travail collaboratif dans toute leur diversité. Cette organisation contribue à la structuration de ces nouveaux sites de façon à professionnaliser le secteur et garantir sa pérennité. Instance de représentation et de dialogue avec le pouvoir publics, le conseil est animé par Patrick Lévy-Waitz, président de la Fondation Travailler Autrement.

Interview de Marie-Laure Cuvelier, directrice du développement de La Coopérative des tiers-lieux en Nouvelle Aquitaine, réalisée par le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET): https://youtu.be/OQ-6t6vGCGs

Interview de Marie-Laure Cuvelier, directrice du développement de La Coopérative des tiers-lieux en Nouvelle Aquitaine

Envie de changer de mode de travail ?

Encore au stade de projet, le développement de ces nouveaux espaces de travail a déjà trouvé écho dans la politique urbaine de la ville de Nancy qui propose déjà différents espaces de coworking. Une rubrique dans les services en ligne proposée sur le site de la mairie y est d’ailleurs dédiée et recense les sites existants.

Pour aller au bout de la démarche, l’Etat a dédié un site web dédié au télétravail comprenant notamment les démarches à suivre pour exercer hors de l’organisation en tant que salariés mais également pour promouvoir cette méthode auprès des employeurs. En effet, de plus en plus de conventions acceptent que les employés exercent dans un tiers-lieux et  certaines directions participent même à la prise en charge du coût de l’espace de coworking.

Cette impulsion donnée aux espaces de coworking ne se limite pas aux frontières de la France. En accord avec les besoins d’une entreprise et impulsé par les grands acteurs internationaux, le coworking connait un développement généralisé à l’échelle européenne. Londres, Varsovie et Paris seraient d’ailleurs les villes avec le marché le plus dense d’après une étude publiée cette année par BNP Paribas Real Estate.