Les études à distance : la détresse grandissante des étudiants

Depuis maintenant presque un an, la COVID-19 sévit sur le territoire français. Son arrivée mais aussi sa résistance ont poussé le pays à s’adapter sur de nombreux plans, y compris celui de l’éducation et des études supérieures. Afin de limiter le risque de propagation au maximum, la majorité des étudiants français sont contraints d’effectuer leur formation à distance. De semaine en semaine, l’écho de retombées négatives se fait entendre de plus en plus.

Une mise à distance qui dure

Le 16 mars 2020, la France a connu son premier confinement dû au coronavirus. Depuis cette date, les études supérieures ont connu une certaine « révolution ». Finis les cours en présentiel dans la mesure du possible, afin d’éviter au maximum les contacts et donc la propagation du virus, bonjour aux cours à distance par le biais des plateformes de télécommunication et de travail collaboratif. Teams, Zoom, chaque établissement et même chaque enseignant y va de sa préférence.

Ces dispositions ont été annoncées comme temporaires, à l’instar de l’ensemble du dispositif sanitaire autour de la COVID-19. Malheureusement, le virus est loin d’avoir dit son dernier mot et se montre tenace, au point qu’il s’est inscrit dans le quotidien des populations, entraînant ainsi une mise à l’écart prolongée des étudiants de leur lieu d’étude et de leurs professeurs, camarades, mais aussi des lieux de convivialité et de rassemblement. Ceci marque une rupture certaine avec les contacts sociaux et laisse place à l’isolement.

Des chiffres alarmants

23%. C’est le pourcentage d’étudiants qui déclarent avoir eu des pensées suicidaires depuis que la crise sanitaire a été déclarée, selon une étude de la fédération des associations générales étudiantes (FAGE), réalisée par Ipsos en juin 2020. En parallèle, 73% ont déclaré lors de la même étude avoir été affectés sur le plan psychologique, affectif ou physique.

Ces chiffres, aussi alarmants que tragiques et qui ne cessent d’augmenter, se sont retrouvés de manière implicite dans le discours des politiques à plusieurs reprises. Un gouvernement qui se dit inquiet de la situation et qui promet de trouver des solutions au plus vite afin de venir en aide aux étudiants du supérieur.

Frédérique Vidal Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation lors de son allocution durant la conférence de presse COVID-19 du 14 janvier 2021, Le Parisien.

« Face aux difficultés économiques, sociales ou personnelles des étudiants, nous sommes tous mobilisés pour accompagner au mieux les 2,7 millions d’étudiants qui sont l’avenir de notre pays. », a assuré Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation à travers une publication sur sa page Twitter le 14 janvier 2021.

Un malaise entre les étudiants et les institutions universitaires

Cependant, au-delà des discours, après les mots, il faut des actes, jugent les étudiants. Bon nombre d’entre eux se sentent délaissés par le gouvernement mais aussi par les administrations universitaires dont ils dépendent, comme l’ont confié 820 étudiants redoublants de première année d’études de santé à Toulouse à France Info en octobre dernier. Ils ont le sentiment qu’on ne les écoute pas. Pire encore, qu’on leur répond avec des formules toutes faites sans réelle signification dans le but d’éteindre le feu ou encore, qu’il faut continuer à faire des efforts.

Cette majorité d’étudiants estime qu’il y a un grand manque de moyens pour les accompagner. Qu’il s’agisse d’un suivi au sein de leur formation, de manière à les rassurer dans leur poursuite d’étude ou de leur entrée dans le monde du travail, ou encore de leur fournir un suivi psychologique avec assez de personnels afin de les écouter, beaucoup déclarent que ce n’est pas suffisant.

Sans réelle réponse à leurs problèmes, les étudiants se tournent alors vers leurs interlocuteurs de proximité -Professeurs, associations, syndicats étudiant -. Les appels à l’aide sont nombreux. « À dix-neuf ans, j’ai l’impression d’être morte », a lancé Heïdi Soupault, étudiante à Sciences Po Strasbourg, dans une lettre destinée au Président de la République mardi 12 janvier.

Ces recours sont cependant limités. Le sentiment d’être incompris ou encore d’être méprisés par les institutions gagnent les étudiants, qui tentent de se faire entendre auprès du plus grand monde. 

Un hashtag pour galvaniser la détresse

Dans le but d’élever leur voix à plus grande échelle, les étudiants ont fait le choix de mettre à contribution leurs outils et compagnons de tous les jours ; les réseaux sociaux. Depuis le 12 janvier dernier, les étudiants se rassemblent sur Twitter autour du hashtag #etudiantsfantomes. Par le biais de cet hashtag, ils partagent leurs témoignages :  certains racontent leurs expériences, expriment leurs doutes, leurs peurs mais aussi leur ras-le-bol, vis-à-vis des administrations universitaires et du gouvernement. « Ils nous infantilisent. », peut-on lire d’une part. « On nous sacrifie. », peut-on lire de l’autre. Les mots sont bien souvent crus, sans détour.

Exemple de publication sur la page “étudiantsfantomes”, Instagram.

Le hashtag est rapidement devenu viral puisque ce dernier est passé Tendance Twitter dans la catégorie France en l’espace de quelques heures après son lancement. À plusieurs repises durant la semaine de sa création, #etudiantsfantomes a concentré plus de 30,000 publications en une soirée. Une concentration de critiques et d’appels à l’aide qui s’est exportée jusqu’à Instagram, réseau sur lequel une page intitulé « etudiantsfantomes » a été créée. Elle concentre à ce jour environ 8,000 abonnés.

Il reste maintenant à voir si, dans les prochains semaines, un véritable dialogue entre les étudiants et les institutions parviendra à se mettre en place afin de trouver des solutions qui conviennent à tous et qui puissent mettre fin à cette détresse.